vendredi 22 septembre 2017

D’une acculturation au Psautier.

Pourquoi cet intérêt pour les psaumes originaux de la réforme ? Pour faire simple, je dirai qu’il est la résultante d’une acculturation non désirée, de ma profonde adhésion au protestantisme, de cet amour immodéré pour la musique « occidentale » et de cette passion pour la France et sa langue, la plus belle au monde que mon premier instituteur, Monsieur Batista m’avait transmise. Ce corse et sa femme se seront démenés comme des diables pour que tous les petits berbères, garçons et filles kabyles issus de notre Algérie clochardisée par la France (dixit Charles de Gaulle en 1943) puissent bénéficier de la République laïque.
Pourquoi ? Par esprit de liberté, d’égalité, de fraternité et surtout d’humanité. Devenir français, soit mais tout en permettant que le peuple algérien puissent vivre dignement en étant respecté de tous, pieds-noirs surtout. Appelons cela les bienfaits de la colonisation. Certainement les seuls. Et barka !

J’ai été élevé à Yakouren (Haute-Kabylie) par Fatima, ma mère qui fut proprement dépouillée par sa famille et jetée à la rue et qui, recueillie par la Mission Rolland s'usa comme femme à tout faire pour pouvoir élever ses trois orphelins.  
Cette mission était issue de la North American Mission qui se francisa lorsque le gouvernement français, dès la fin du 19ème siècle obligea tous les organismes religieux étrangers à passer la main à des pasteurs ou des prêtres français.

Le statut de l’Algérie française fut toujours ambigu, tout d’abord à cause de l’Islam que l’on considérait incompatible avec l’intégration française, tous les pasteurs en étant convaincus. Son territoire, déclaré partie intégrante de la France avait un statut d’indigénat et, dans notre république pas si laïque que cela, pour devenir français à part entière il convenait de se convertir au christianisme, prendre un prénom français et, ainsi renoncer à recourir au droit de l'indigènat.

Administrativement, la province d’Algérie fut composé de communes de plein exercice (les villes et gros bourgs) perdues au milieu de zones de droit approximatif composées d’immenses communes mixes gérées à la façon romaine par des agents de l’Etat où, dans les douars reculés de montagne les indigènes rechignaient à déclarer les garçons à "l’état civil". Dès 1943 et le débarquement américain en Afrique du nord, ce phénomène de résistance "civique" s’accentua car le petit peuple délaissé ne voulait pas que ses nouveau-nés puissent "bénéficier" de la conscription pour servir de chair à canon à la France.
Mais de ça, je vous en avais déjà causé.

Tout naturellement, en 1945, ma mère n’avait encore jamais connu de français ni d’administrateur dans son douar, si ce n’étaient les gendarmes qui terrorisaient les indigènes par une brutalité d’un autre temps.

Une autre méthode consistait à déclarer des enfants nés de parents inconnus sur le territoire français, l'Algérie en faisant partie intégrante pour les faire enter de facto dans le cadre de la nationalité, d’où toutes les dérives et les drames familiaux. Dans la foulée, on les affublait de deux prénoms français, l’un faisant office de nom patronymique, ce qui accélérait l'acculturation.

C’est ainsi, qu’avec ma mère je découvrirais à onze ans sur ma carte d’identité nécessaire pour émigrer en France que je m’appelais Patrice, "né de père et mère inconnus". Tel quel.
Ma mère alla chercher sa petite hachette soigneusement aiguisée réservée au cou des poules et à son petit bois pour s’en aller tuer les deux missionnaires qui n’y étaient pour rien. Une folle hystérique.
La peur de ma vie.
-Allez, mon fils, on s’en va.
-Non, maman. Je veux aller en France.
Faut croire qu’elle aimait particulièrement son "amazouz" car elle se résigna à m’accompagner.

Le petit berbère que j’étais, tiré charitablement du statut de l’indigénat fut élevé en bon français protestant d’obédience baptiste qui se mit à aimer chanter en voix nos cantiques que je découvrais avec les deux sœurs missionnaires suisses allemandes qui les apprenaient, ainsi que la langue française en même temps que moi.

Toutefois, si j’aimais les mélodies de Cruger, Bach, Haendel, Beethoven, Bishop, Bortniansky, Brahms, Croft, Doane, Excell, Grabrieli, Gastorius, Hammerschmidt, Hassler, Haydn, Malan, Lutteroth, Malan, Mozart, Naegeli, Monod, Nicholaï, Neumark, O’Kane, Palestrina, Purday, Richter, Sankey, Schubert, Smart, Stanley, Isaak, Teschner, Urlhan, Wesley et autres compositeurs de nos beaux chants, les psaumes français me posaient question dans les altérations de leurs mélodies et de leurs rythmes (souvent archaïques) et dans les changements continuels de paroles que je trouvais dans nos différents recueils de louange.

Quant à l’harmonisation de nos vieux psaumes, tout un poème. Y était spécifié : d’après Goudimel qui, j’en suis sûr se retourne dans sa tombe, comme si on pouvait faire mieux que ce maître.
Concernant les nouvelles paroles de Roger Chapal (1970), je dirais : consternantes. Aux dernières nouvelles, Marot et Théodore de Bèze se tapent sur les cuisses au paradis. Enfin, en ce qui concerne Marot, grand pécheur devant l’Eternel, je ne suis pas certain qu’il ne se sentirait pas mieux aux enfers à jurer, à se pochetronner, à courir la gueuse et à jouer aux dés.
Et à blasphémer tout en chantonnant son 1er pseaume, le 6ème :

Ne vueille pas, ô Sire, 
Me reprendre en ton ire,
Moi qui t'ay irrité,
N'en ta fureur terrible,
Me punir de l'horrible
Tourment qu'ay mérité.

Quand on le compare avec la nouvelle mouture de Roger Chapal (1970) je vous laisse apprécier. Et seuls juges : 

Seigneur qui voit la peine
Où le péché me mène,
Cesse d'être irrité !
Dans ta juste colère 
Ne sois pas si sévère
Que je l'ai mérité.

Entre nous, seul le point d'exclamation de Chapal modernise le texte de Marot. Le reste n'en est que très mauvais. Que de progrès dans la langue et la poésie faits depuis 1539 en 478 années. On en tombe sur le cul.

A suivre : la langue de Marot.

jeudi 21 septembre 2017

Le psautier de la Réforme. 1562.

De gentils lecteurs s’inquiètent : 
 
- Tu n’écris plus dans ton blog. En panne comme ta Panda ?
Parlons-en de ma petite voiture qui vit ses derniers jours, mon garagiste chéri chez qui je l’avais amenée s’étant décidé à ne pas la réparer. S'il s'agissait de son véhicule personnel, on pourrait admettre. Par ailleurs, il entrevoit de me céder un véhicule d’occasion pour 1200 euro. C’est pas cher, et même cadeau pour toi. Oui, parce que c'est toi. Merci bien, mais je suis un pauvre.
- Mon ami. Pas le temps de m’en occuper. Trouve-toi quelqu’un d’autre.

Je veux bien, moi de ce « mon ami » qui voudrait que je lui achète, ou que je le désencombre (je ne saurais dire) de cette occasion qu’il me propose si gentiment... généreusement ? (j’achoppe douloureusement sur le mot pour décrire mon désarroi, cela se conçoit aisément) tout en me disant que si ce nouveau véhicule venait à tomber en panne comme ma petite Panda, mon animal de garagiste me ferait-il la grâce ou l’amabilité (on voudra bien choisir ou se trouver un terme plus approprié et j’autorise même la réécriture de toute la phrase) de le réparer, nonobstant qu’il avait chaussé ma veille voiture de deux pneus neufs il y a un mois puis effectué une réparation qui n’aura tenu qu’une petite heure avec retour à la case garage (respectivement 140 euro et 107 euro) ? Choquante, toute cette affaire. Faut croire que je suis du peuple élu.
Comme on disait dans l'armée française "Les baisés, comptez-vous".

Avec toute cette inquiétude pour ma fidèle Panda, j’oubliais René :
- Le blog ? Non, non l’ami, je ne suis pas en panne sèche mais je revisite les psaumes de la Réforme. Une mine d’or. Dès 2002, j’avais proposé une information au Bourilhou. Réponse ? Que nenni ! Trop religieux, ce qui n’empêchait pas l’organisation d’une conférence sur Esther et la fête juive des cabanes donnée par une jolie intervenante qui avait oublié de signaler que le véritable héros du Livre d’Esther était Mardochée, l’oncle de la petite. Gilou rectifia à l’occasion en amenant sa science sur la captivité du peuple hébreu.
(Tiens, voila mon petit Clément Marot et le psaume 137 : "Estans assis aux rives aquatiques de Babylon, plorions mélancoliques, nous souvenant du pays de Sion : et au milieu de l’habitation, où de regrets tant de pleurs espandismes, aux saules verds nos harpes nous pendisme.").

- Comprends pas ! Pourtant tu intervenais à titre bénévole au Club photo au Centre Culturel et faisais la fermeture tous les lundi soir, et que même quand l’alarme sonnait… Curieux. On aurait pu faire un effort, discuter. Je ne sais pas, moi. Non ?
- Peut-être mais on m’a orienté vers les protestants que l’affaire devrait intéresser. Tu parles !

 - Avant, je m’étais rapproché des temples de la région. Aucune réponse si ce n’est celle d’un pasteur, une femme du bas Languedoc qui m'écrivait que son conseil presbytéral ne voulait pas donner suite.
J’ai fait réponse à cette brave dame en lui disant que si elle comptait que Garou ou Pavarotti viennent chanter les psaumes en françois, elle attendrait longtemps pour leur dérouler le tapis rouge. Concernant Pavarotti, peuchère... Aujourd’hui, je m’en veux de cette réponse.

J’avais sollicité le pasteur d’Anduze (j’étais un des fidèles de son temple, à l’époque). Pas de réponse. Un samedi que j’allais chanter en françois avec les Réformés hollandais (fin juillet, début août), ce monsieur me demanda si c'était un psaume. Faut bien dire que, si on reconnait un hymne religieux à sa musique encore faut-il la connaître et, sur les 150 psaumes plus de la moitié est aujourd’hui inconnue des protestants français.

- Pas fini. Attends ! J’avais même fait une information lors d’un culte au Vigan. Rien, si ce n’est Guépard qui, à chaque fois qu’il me rencontrait le dimanche après l’office :
- Et ces psaumes, Gilles !
- Il est vrai que si tu étais un notable du Vigan, quand bien même musulman tu aurais pu organiser une conférence à la Gerbe. Sur le soufisme ? Possible, mais les Psaumes de Marot et de Théodore de Bèze, allons donc. Inintéressants.

- Attends, ce n’est pas fini. A force d’être gonflé, j’ai pris ma guitare et suis allé dans des temples ouverts en été. On m’a une fois demandé si j’avais l’autorisation de chanter en ces lieux vides avec parfois des touristes qui les visitaient. Ils semblaient intéressés mais ils n’étaient pas de la région. Pour l’autorisation, je répondais toujours que j’avais celle de notre Père qui est aux cieux, que son nom soit sanctifié et, considérant que "Tout protestant fut pape, une bible à la main" d’après Boileau (pour lui, la révocation de l’Edit de Nantes les avait tous éradiqués), je me savais dans mon droit dans ces temples. 
Pas de bol, mon petit Boileau car, avec l'aide seule du psautier et de la bible, sans aucun pasteur dès 1685, le "petit troupeau" de Richelieu se maintint jusqu'à nos jour.

- C’est bien gentil, tout ça, mais tu fais quoi maintenant ?
- T'as raison, René, faut agir. Qu'on me pardonne mes offenses mais on ne va pas se laisser emmerder. Je commence par contacter des responsables protestants du Vigan et j’attends leur réponse. Si ça ne bouge pas, j’arriverais bien à leur louer un de leurs temples malheureusement trop souvent fermés pour organiser une conférence avec chant des "Pseaumes".
- Je te concocte une affiche. Tu m’en diras des nouvelles.

Merci, mon bon René. 
- Ah ! René, sur l'affiche tu noteras bien : "Présentation des Psaumes", tu sais, comme lorsque l'on présente son nouveau-né au temple. 
Bon. Voila qui est dit. Attendons.

jeudi 31 août 2017

Dieu existe !

Oui, Dieu existe réellement ! Si je te le dis, tu peux me croire ! Et, l'autre qui hésite, qui chipote :

- Ben, je ne sais pas moi, mais de la façon dont tu l’assènes. Pas le moindre petit doute réservé à la foi ? La foi en seule certitude… certaine, pas le moindre petit doute ?
- Parce que tu ne crois pas en Dieu… Tu ne crois pas qu’il existe ? Et le soleil, les oiseaux ? Il te faut quoi encore !
- Le soleil, je ne dis pas, mais quand même, la question mérite réflexion.

- Et si Dieu me parle ? A moi ? Comme à Moïse ? 
- Oui, comme à Moïse...
- Ma foi, j’en sais trop rien. Et de sa voix ?… Je n’en ai pas souvenance.
- Tu ne crois pas que Dieu existe et qu’il fait des choses pour toi ? Mais, qu'est-ce qu'il te faut encore ?
- Tu penses qu’il prendrait soin de moi ? Ben, je préfère croire qu’il m’a fait à son image, et que donc…
- … et donc, tu te prends pour Dieu, tu t’en passes même, à l’occasion. Bravo !
- Je ne dirais pas la chose ainsi, mais c'est vrai que, si Dieu existe il m'a fait intelligent et m'a donné les capacités de tout...
- ...Oui, c’est vrai que toi, tu sais tout et que de Dieu, tu t’en passerais bien.

- Mais, non ! Moi, vois-tu, si je savais que Dieu existait réellement, je m’en foutrait. Pourquoi ? Ben, oui, pourquoi ?...
- Oui, pourquoi ?
- Mais, parce que je n’aurais plus besoin de me poser de questions, croire, ne pas croire. Et de la vie éternelle ? Mais, on s’en foutrait, elle serait acquise… tu sais, les certitudes, ça vous éteint les croyances. Et puis, quand tu vois tout ce que les religieux lui font dire, au Bon Dieu concernant, le mariage pour tous, le divorce, la procréation médicalement assistée, et même que le Sida serait une malédiction divine pour punir les homosexuels, et que le préservatif n’aurait rien de chrétien, et que la procréation obligatoire primerait la jouissance… et patin et couffin. Merde, enfin !
- Mais, qu’est-ce que ça à voir avec Dieu ?
- Demande-le à Fannie si la jouissance.. et à tous les curés pédophiles et aux égorgeurs musulmans qui, eux savent bien que Dieu existe, la preuve il est si bon qu’il les absout.
- Mais…  mais, ça n’a rien à voir avec Dieu, tout ça !

- Sans doute, mais tant que je serai sûr que Dieu a peu de chance d’exister, j’ai envie d’y croire. Pourquoi ? Mais, parce que cela fonde ma foi en mon humanité qui a envie de croire en son devenir.

Croire, sans savoir, n’est-ce pas ce que l’on appelle la foi ? Croire sans savoir !  

dimanche 27 août 2017

Le voleu d’EDF - 3

Mille excuses, je m'étais oublié. Revenons à mon voleur institutionnel d'EDF. Rappelez-vous : il fallait ouvrir un compte mensualisé pour la fourniture d'électricité, et donc, avec l’Auguste* j’allais porter ses 400 francs à agent EDF. En mains propres.
Ayant besoin de me faire mensualiser, notre Mathieu-voleu me proposa la même opération qu’à Auguste : lui apporter 400 francs en liquide. 
Charles, tu parles d'une rente !
*Ndlr : Auguste, son vrai prénom. J'adorais.

Travaillant 19 heures par jours, et parfois les samedis et dimanche je ne pris pas garde à l’étrangeté du marché ouvert sous couvert de Mathieu, agent EDF car, marché de dupe il y avait bien.
Un jour, ne sachant pas pourquoi ni comment, je contrôlais, une fois n’est pas coutume mon relevé de banque et notais qu’EDF me réclamais 400 francs. Etrange car je me rappelais les avoir réglés en liquide à l'agence de Janval. Me souvenant d’Auguste, j’allais le voir pour contrôler avec lui ses relevés de banque et, curieusement EDF lui faisait la même demande :
- Auguste, rassure-moi : on est bien allés apporter tes 400 francs à l’agence de Janval... mais, si rappelle-toi, j'avais pris la voiture et même qu'après on est allés à Rouen !
- Si fait !

Et, c’est à ce moment que je me rappelais que, et pour Auguste, et pour moi-même, Mathieu, agent indélicat d'EDF nous avait servi le même numéro de bonneteau : tu m'vois, tu m'vois pas mais j'embrouille.
Imaginez que l’Agence EDF de Janval à Dieppe, avec 4 ou 5 agents devait gérer plus de 60.000 clients EDF, et donc, forcément, tu devais attendre patiemment ton tour.
Tu voyais bien qu’il y avait un client dans le box ouvert. C’était moderne, quoi !
Et, notre ami Mathieu qui devait posséder une bonne mémoire, on ne s’improvise pas escroc, voleur, indélicat, salopard sans cela guettait son pigeon. Une épeire sur sa toile.

La manœuvre se voulait simple : Mathieu se faisait homme très occupé avec un client dans le box. Il vous faisait languir puis, se levant en semblant vous découvrir quittait son client encore assis, s’avançait vers vous, main tendue comme pour vous saluer :
- Monsieur Patrice (ou Monsieur Auguste), oui ? Vous avec la somme ?
Merde, pour une fois qu'on te faisait une fleur dans une administration, et... 
... et vous, bonne poire, vous lui donniez ses 400 francs sans penser à réclamer un reçu en vous excusant presque de l'avoir dérangé dans son rendez-vous.

EDF, vous y faisiez confiance ? A l'époque, c'était normal ! Ses agents ? Itou, alors, pourquoi vouloir réclamer un reçu, surtout que vous n’y pensiez-même pas. La confiance, quoi !

mercredi 23 août 2017

Un encombrement.

Tiens, ce fut un 14 de juillet de l’An de Grâce 2017, et cela faisait deux jours que ma Julie campait chez moi avec Aouah, sa chienne berger-belge, bientôt dix-huit ans, plus Za’hor sa nouvelle coqueluche de chiot de quatre mois, grand comme un âne nain, un bâtard de dogue argentin ou napolitain plus d'américain staff et autre chose encore et qui suit tous mes mouvements avec les yeux de Chimène lorsque je prépare le café pour sa maîtresse.
Je pouvais comprendre Sarkozy lorsque Kadhafi s'est invité à Paris en 2007 :

- Fillon, dis-moi pas que tu es l'abruti qui aura invité cet abruti de bougnoul. Dis moi pas ça !... Pardon, j'ai dit bougnoul ? Ça m'étonnerait. Vous en êtes certain ? Ah, bon, le mot m'aura échappé.
- Sauf votre respect, Monsieur le Président, je crois que c'est vous qui l'aviez invité... Oui, pour le remercier pour les infirmières bulgares. 
- Merde, je me suis mal fait comprendre. Encore une fois. Remercier, soit mais dans le sens de vider. Pas comme ça à le laisser camper à l'Elysée pour nous foutre son souk et nous planter le bordel.
- Monsieur le Président, l'Hôtel Marigny s'y prêterait admirablement.
- Khadafi et sa smala d'Abd-el Kader. Je vois déjà la une du "Canard enchaîné". On m'aura tout fait ! Passe encore pour les danseuses berbères et les chèvres à l'autre abruti, paraîtrait qu'elles sont plus belles les unes que les autres, mais des dromadaires à Paris ? Et des moutons pour le méchoui ? Quel cirque ! Et René BOUSCHET, dans son illustration qui me dessinera avec une chéchia et me fera porter un burnous trop grand pour moi. Je m'y noierai. Gaineau, Guéant, Bolloré, ici. Au pied ! Et videz-moi ce baltringue. Toi, François, tu t'en démerdes et tu me le promènes, ton arabe. Et pas de mouton égorgé à l'Elysée. Et, veux surtout pas être vu avec l'autre en djellaba. Vous vouliez mettre le feu aux banlieues ?

Pardon aux nombreux amis de ma fille, son papa s'amuse. Non, non, ce n'était pas le souk chez-moi. Vous me diriez que dans 40 mètres carrés, moins la place des meubles, avec un drap et une housse de couette en 140 qui sèchent en forme de tente entre l'armoire et la porte, des tapis pour Aouah et Za' hor, seulement quatre mois mais grand comme un âne nain et plein de pipi, faut imaginer. Et en pleine canicule !
- Regarde… il lèche le pied de ta table. Tu vois qu’il n’est pas encore fini. Mais qu’il est mignon, mon fils. Et comme il t’aime ! Papa... Mais, regarde-le !
- Ouais. Et ton lapin Pin-Pin, au fait ?
- Peuchère, une fouine l’a assassiné. Si tu savais comme j’ai pleuré.

Pour se consoler, fifille a adopté deux lapin nains. Il s'agit de Mam'zelle Sca'lett et de Monsieur Clark Gable et, comme je lui disais :

- Tu aurais dû les amener, accompagnés de George (Sand), ta chatte. Mais, non, je rigole. Tu ne me gênes pas ! Où le vois-tu, l'encombrement ? Mais ne reste pas trop longtemps, quand même, tu pourrais fatiguer.

Donc, quand Za’hor sent qu’on va le sortir, il a tellement envie de pisser de joie que, près de la porte de l’appartement, cet angelot ne peut aucunement retenir un gros pipi. Heureusement qu’il ne lève pas encore la patte pour arroser mes guitares et l’ampli. Za’hor mon bébé, méfie-toi des réactions de pépé qui s’était abstenu de toute sanction contre Pin-Pin pour l’ampli, mais un lapin, faut que ça grince des dents tout le temps, et c'est excusable mais un chien pisseur, ça vous énerve son monde, quand bien même il serait trognon.

- Papa, Za’hor te regarde comme le faisait Leïla, ta chienne !
- Sans doute, sans doute, fifille mais je te conseille de prendre la serpillère et le seau ... oui, pour l'accompagner dans la cage d'escalier. Je parie que ton clébard va me pisser sur deux étages.
- Mais non, Papa, mon fils sait se retenir. Pas vrai Za'hor ?
- Comme tu veux !

Pas plus tôt arrivée en bas que :

- Papa, jette-moi la serpillière.

Parfois, on se demande pourquoi on n'a plus envie de dire :

- Je te l'avais bien dis, Fifille. 

Mais, à quoi bon s'énerver ? Suffit de soupirer et de sourire à la vie.

lundi 21 août 2017

Une rivière nommée "la Cesse".

Nous nous trouvons dans le triangle de Béziers, Carcassonne, Perpignan, aussi que je vous présente une petite ville normale qui deviendra notre héroïne, une de celles qu’on trouve partout en France, soit qu’elles se veulent rugueuses, « médiévales » ou plus raffinées mais toujours marquées par un grand natif du coin, capitaine d’industrie, de savoir, de robe ou d’épée : il faut bien se rattacher au culte de l’illustre pour hériter des valeurs d'un passé glorieux.

Notre village sans nom se voulut cossu car anciennement fortifié, sans nul doute pendant la guerre de Cent ans pour bouter hors du Roussillon le Prince Noir et ses maudits anglois. Ici, l'église massive et fortifiée renforçait un coin du rempart ouest, du côté opposé à la rivière. La petite ville disposait d’au moins deux portes monumentales, Sainte Anastasie et Sainte Barbe*, cette dernière démolie bien avant la révolution pour des commodités d’aménagement territorial.
*Ndlr : Par respect des saintes, nous avons changé le nom des portes de la ville. Que Dieu nous pardonne !

A la fin de la Renaissance, le village appartint un temps à un évêque, puis un archevêque de la Maison des Médicis la lui racheta. Oui, cela se faisait à l'époque. Ses habitants compris ? Je veux, oui ! Et pourquoi pas ?
Pourtant, ce village qui ne compte plus aujourd’hui qu’un millier d’habitants ne fut jamais le chef-lieu d’une quelconque contrée bien qu’il disposât d’un hôpital et de deux chirurgiens qui mirent quelque mauvaise volonté à rejoindre la Grande Armée.*
*Ndlr : ... de Napoléon (qui n'apprécia pas, il va sans dire et leur fit botter les fesses). 

- Dites-moi, Monsieur,… le nom de ce village, je le trouve bien étrange.
- Pas tant que cela car il vient du nom d’un légionnaire romain qui se fit offrir cet endroit, y installa sa villa, cultiva son domaine et le pacifia. Des autochtones s’y joignirent et un petit village se posa au bord de "la Cesse" pour y prospérer en paix.

- "La Cesse". Drôle de nom pour une rivière.
- Pas tant que ça : notre rivière, dans le temps qu’elle apporte la richesse est fantasque, volage, même et peut changer de lit pour y revenir quand ça lui chante et la plus grosse partie de ses eaux échappent sous terre ce qui ne l’empêche pas de déborder et de tout casser en période de crue.
Il est vrai que la ville n’a jamais eu de chance avec ses ponts, tous emportés sauf le dernier… enfin le dernier jusqu’aux prochaines crues, et nous étions sur ce pont monumental, un samedi soir de juillet, vers les 23 heures à tenter de prendre la fraîche, mon nouvel ami, Robert Miquel, boucher à la retraite que je questionnais, encore et encore :
- Et c'est ce dimanche que les paras du 3ème RPIMA sauteront ?
- Oui. En bas du pont. Dans le lit de la Cesse. 
- Et, d'ici on peut voir la manufacture que Colbert a fait bâtir… on se demande bien pourquoi.
- Oui. Et, pourquoi dans ce petit village ? Mais foi, je n’en sais trop rien. On y faisait des draps de lin célèbres, exportés surtout au Levant. Je crois que la manufacture creva de la Révolution, ou à la Révolution ? Je ne sais, ainsi que la chapellerie du coin quand les jeunes hommes ne portèrent plus de chapeau… Vous savez des modes… Ah, oui ! Des toiles de lin pour la Grande Porte, le Grand Turc était l’ami d’Henri IV et de Louis XIV, ceci expliquant sans doute cela. Oui ?...  et de quoi vivait le village ? De la viticulture et la culture de l’ail. De carrières, aussi. Et de chênes truffiers communaux. Mais, c’est une autre histoire.
- La gare et la voie ferrée sont désaffectées… Ici, peu ou pas de commerces, donc on pourrait penser que le village…
- … se meurt ? Vous savez, la vie évolue, change mais le village vit bien. Tiens, rien que culturellement. Mais pas que… Oui, tout change.

Pour ma part, j’estimais que ce village vivotait…
- Soit, mais la culture ne fait pas tout. Et, la monoculture ne rapporte qu'aux gros propriétaires.
- Pas d’accord avec vous, mais passons. En général, les villages renaissent toujours de leurs cendres. Il n’en demeure pas moins que la Révolution française, Monsieur… Oui, la Révolution, et les guerres de Napoléon 1er, et surtout son Code Civil avec la fin du droit d’ainesse qui morcela les propriétés et la terre tomba en quenouille et, ici, le village vivait surtout de ses terres, vous comprenez ? Il y eut aussi la crise de la viticulture en 1907, puis les coopératives viticoles qui redonnèrent espoir… Nous sommes une terre de vin, et de bon vin. Alors, l'espoir, vous savez !
- Vous croyez donc qu’un grand chambardement sans une analyse fine... et donc que le génie de Napoléon causa de grands malheurs à la France… et que le partage des terres dans un souci d’équité, d’égalité  fut une belle connerie ? C’est possible… Et donc, vous êtes retraité ?
- Oui. J’étais dans la boucherie. Plus de 60 ans. Je n’aimais pas tuer. Vous savez… et tout ça au merlin. C’est terrible. Même à l’époque... J’avais douze ans quand mon père m’a fait quitter l’école pour le métier. Fallait bien reprendre un jour la boucherie familiale. Et puis, les normes sanitaires ont obligé à la fermeture de l’abattoir du village qui n’était plus aux normes, question qu’il dégueulait ses tripes dans la rivière. Puis, on a mutualisé la profession de tueur à Carcassonne et Perpignan. J’en fus soulagé.

- Et vous… vous êtes en vacances chez-nous ?
- Un peu. J’aime voyager. Un jour ici, un jour là. Retraité aussi. Educateur. Et j’écris. Oui… Oh, des histoires communes, simples, de tous les jours. Non, non… c’est surtout la façon de raconter qui importe. Le sujet peut être anodin… pardon ? Des exemples ? Je ne sais pas, mais imaginez que j’aimerais raconter votre village. Rien que le nom de la rivière, "la Cesse", tout un poème.

- Alors, comme ça, vous aimez écrire… Vraiment ? Mais vos histoires, elles racontent quoi ?
- La vie. Par exemple, je suis curieux de tout, des choses, des gens… Votre village me plaît, m’inspire. Avec une histoire intéressante, des personnages de tous les jours que je replacerais dans leur contexte… déjà que j’aime observer... Par exemple, j’essaierai de comprendre comment des gens intelligents, à preuve la construction de leurs belles bâtisses de pierre taillées, comment vos ancêtres avaient pu les disposer près d’une rivière fantasque qui les inondera régulièrement de plus d’un mètre. Drôle de cadeau pour leurs hoirs ! Oui, parler de vos maisons solides et spacieuses bâties par d’excellent limousiniers. Ensuite, je constaterai que le village fut riche puis déclina. Pourquoi ? C’est intéressant d’essayer de le comprendre. Oui, la psychologie des gens du cru en fut certainement très affectée. Oui, la richesse… ça vous pose un bonhomme, un village…
Tiens, votre cimetière… on sent la richesse là plus ici qu’ailleurs. Cela doit être un régal de se faire enterrer plutôt ici qu'ailleurs. Ne trouvez-vous pas ?

- Ma foi... Donc, vous aimez écrire ?... Et si j’avais une petite  histoire pour vous ?
Et Robert Miquel avait une belle histoire pour moi tout seul. Lorsque je la racontais à mon retour à René BOUSCHET, notre dessinateur…
- C’est l’histoire de Manon des Sources que tu me chantes-là.
- Ah, merde, alors ! Tu en es bien sûr ?

Tant pis. J’ai promis à Robert MIQUEL, boucher du village à la retraite de la lui envoyer lorsque je l'aurai écrite. Et puis j’avais envie qu’on n’oublie pas Georges GUILLERMIN, pâtre en ces lieux, car il faut ce qu’il faut.
Pourquoi Georges GUILLERMIN ? Pourquoi ? Mais... Parce que !

vendredi 30 juin 2017

S'éclater...

Nous les nanas on n'est pas jalouses et on aime bien se partager les mecs, jeunes, vigoureux et tout et tout. Sur une île déserte, n'y aurait-il qu'un seul puceau qu'on se le graillerait toutes en chœur. Même vieux et moche ? Et encore puceau à son âge ? Oh, que oui, mais surtout qu'il soit intelligent et vigoureux. Et rigolo*. Sur terre de préférence, pas au Ciel.

*Ndlr : Gilou prêche ici pour sa paroisse, et on peut lui souhaiter bien du plaisir ! 

Ah, espérer un mâle amusant qui aime faire la bombe avec ses potes pendant que nous, dans nos soirée pyjamas entre filles coquines, nous invitons un bel apollon qu'on aimerait bien se partager en se le dévorant, et pas que des yeux. On ne dit pas, et pourquoi pas ?

Nous, les nanas, on n'aime pas se battre pour un mec. Pour se le partager, on demande toujours la permission. S'éclater toutes avec lui ? Le pied ! On va pas se gêner ! Oh, que non mais se disputer entre filles les morceaux sanguinolents de l'élu au Paradis... Pouah cette idée de mec qui veut croire qu'on sera 70 à l'attendre au Paradis. Tu parles, d'un paquet cadeau ! 
 
Messieurs les couillus de Dieu, barbus ou non, arriver en menus morceaux au Paradis, tout ça pour ça, pour si peu, toute cette boucherie ? C'est pas du jeu et nous, les femmes, on n'aime pas du tout mais préférons que notre homme puisse nous engrosser de beaux enfants.

Messieurs, si vous pensez qu'une saucisse, même savoureuse à se mettre sous la dents, le tout sentant la poudre serait du nanan pour vos nanas, faites un petit effort :

- Enduisez au moins votre merguez de harissa ! Ça nous fera des yeux joyeux plein de larmes, à nous embellir toujours plus pour vous.
  
Si vous pouviez, au moins rester fermement accrochés à vos bijoux de famille dédiés à notre amusement à toutes, sur terre comme aux Cieux. Pourquoi ? Mais, comment voudriez vous que nous, les soixante-dix vierges, vos promises puissions avoir cet insigne bonheur de faire la grève du sexe, tout en minaudant :

- Non, chéri, pas ce soir, j'ai la migraine si vous, notre seul amoureux ne pouvait pas nous répondre, excédé comme le sont tous les hommes en ces cas-là :

- Mes 70 chéries, vous commencez sérieusement à me les briser.
- Sans nul doute, chéri d'amour, encore faudrait-il que tu aies des couilles ! Rappelle-toi, mamour, toi qui voulais faire croire à tous, et même à Dieu que tu les avais bien accrochées...

Sachant qu'une vie ne dure que l'instant d'une étoile filante qui se consume avant que nous ayons eu pleinement conscience d'exister vraiment, nous, les vierges disons qu'il vaudrait mieux rester entier, les pieds bien plantés sur terre et la tête dans les nuages pour une vie de rêve... Ah, un beau mec entier avec des plaquettes de chocolat, une gueule d'amour et un beau petit cul, bien ferme, en parfait état, le tout bien épanoui... ! 
Un bonheur tout entier !

Oui, René la seule vie que Dieu n'accordera jamais aux puceaux et aux vierges ne sera jamais que sur terre, notre seul et certain Paradis. 

... et que viva la vida !